LE DECRYPTAGE D'UNE IMAGE


  • L'ENVIRONNEMENT
  • LE SUJET
  • LE MATERIEL UTILISE
  • LES REGLAGES
  • LA COMPOSITION PHOTOGRAPHIQUE
  • LE POST-TRAITEMENT
  • LA CONCLUSION

1.L'ENVIRONNEMENT

Le Kenya est une des destinations mythiques pour le plus grand nombre de photographes animaliers. Tout le monde connait les "big five" et les paysages extraordinaires de "la ferme africaine" de Karen Blixen dans le film "Out of Africa".

Effectuer un voyage au Kenya est donc la réalisation d’un rêve, qui est associé, le plus souvent, à celui d’y retourner. Pour ma part, j’y suis allé trois fois et j’y retournerai.

Le lac Baringo au Kenya
Le lac Baringo

Parmi tous les spots d’observation, le lac Baringo est, pour les passionnés de la nature, les photographes et les ornithologistes, un lieux enchanteur. Dans des paysages magnifiques, baignés de lumière, on peut photographier le pygargue, la spatule, les aigrettes, le héron goliath, les cormorans, les guêpiers, le rollier, le martin-pêcheur, etc…mais aussi les hippos...

2.LE SUJET

Pour explorer au mieux les bords du lac Baringo et ses plantations de joncs, la barque est le mode de déplacement idéal. Elle permet d’atteindre des endroits inaccessibles, elle se faufile et, sous réserve de couper le moteur, on peut assez facilement les approcher. Mais un peu plus loin, gare aux hippos !

martin malachite 3 Michel Lacroix
Le Malachite - l'environnement de l'oiseau

Le martin-pêcheur malachite n'est pas un oiseau très farouche. Il se laisse approcher assez facilement. Il est commun dans les zones humides et pourvues en eau douce. On l'observe sur les lacs, dans les marais et les mangroves. 

J’ai photographié cet oiseau magnifique à l'occasion d’une sortie en barque sur le lac Baringo en compagnie de Kandor Titus et de plusieurs autres personnes, dont mon épouse.

En terme d’environnement, il est préférable de garder une certaine distance pour ne pas le déranger et pour ne pas qu’il s’envole avant d’avoir pu le "shooter". Sur un perchoir, un piquet, une branche, un roseau, ses lieux de chasse et de pêche, il peut se prêter à une séance photographique de qualité. Mais quelle beauté sous le soleil du matin ou du soir.

3.LE MATERIEL UTILISE

Commençons d’abord par voir le choix du boîtier et de l’objectif.

Au niveau du boîtier, j’ai utilisé un reflex APSC : le Canon 7D Mark II. Ce boîtier m’accompagne déjà depuis plusieurs années. Il est très performant pour la photo de vitesse. C’est à mon sens un très bon outil pour l’animalier.

Ses commandes sont bien placées et elles deviennent presque instinctives avec le temps (déplacement des collimateurs, correction de l’expo..).

Le téléobjectif est ici obligatoire. La barque était un peu étroite et se prêtait mal à l’utilisation d’un pied. J’ai donc laissé le 300/2,8 à l’hôtel au profit d'un zoom. Peut-être faudrait-il essayer un monopode la prochaine fois, mais c’est plus délicat à manipuler lorsque l’on change souvent de position (droite, gauche, devant..) d’autant que l’on n’est pas seul et que les déplacements même minimes sur une barque sont délicats pour les autres photographes car ils génèrent des mouvements parasites de la barque.

Pour prendre cette photo (cette série de photos), j’ai utilisé le zoom 100-400 mm Canon. Il ne m’a pas permis de remplir totalement le cadre, mais en approchant la barque au plus près, j’ai pu réaliser de bons clichés.  

J’utilise souvent cet objectif en safari car il offre à la fois de la polyvalence avec sa grande plage focale et aussi une bonne qualité d’image quoiqu'à pleine ouverture, il s’écroule un peu. Il faut dire que la version II s’est considérablement améliorée.

Dans un 4x4, j’utilise en plus du 100-400, le 300/2,8 avec le multiplicateur, couplés à un deuxième boitier pour les plans éloignés.

4.LES REGLAGES

Pour mettre le sujet en valeur (voir les articles sur la profondeur de champ), je souhaitais avoir un arrière-plan flou (faible profondeur de champ), j’ai donc réglé mon 100-400 sur une grande ouverture, soit (f/6,3). On peut voir sur la photo le bokeh sur un arrière-plan de roselière.  Il faut signaler que j’étais aussi à faible distance du malachite et que l’arrière-plan est assez éloigné, ce qui renforce la beauté du bokeh.

Sur la photo n°3, le choix de l'ouverture n'est pas optimal. En effet, f/10 permet d'obtenir un bokeh, mais de qualité médiocre bien que l'arrière-plan soit distant du sujet.

malachite
Le martin pêcheur Malachite photo n°1 - f/6,3
ISO 400  f/6,3-1/800 s-7D Mark II-100-400L IS USM

Je travaille très souvent avec le mode priorité ouverture (A ou Av). C’est un mode semi-automatique comme le mode priorité vitesse que j’utilise également pour les photos sportives. Je choisis l’ouverture ou la vitesse suivant le mode programmé et l’appareil adapte la vitesse ou l’ouverture pour que la photo soit correctement exposée.

La lumière au Kenya est très vive, d’ailleurs ne comptez pas photographier après 10h et ce jusqu’à 16 h au moins. Avec une sensibilité de 400 ISO, j’ai pu bénéficier d’une vitesse de 1/800 s. Cette vitesse est trop élevée pour photographier un malachite immobile, mais au cas ou il plonge ou il s’envole, cela vaut le coup de le « shooter". Je n’ai pas eu la chance de pouvoir le photographier en action, mais ce sera pour la prochaine fois.

Sauf cas exceptionnel (4x4, trépied, photos de nuit), la stabilisation optique de mon téléobjectif est toujours active. Elle atténue les mouvements du bateau, notamment lorsque les photographes embarqués cherchent le meilleur angle, ils bougent légèrement ou se retournent et génèrent immanquablement des mouvements parasites sur la barque.

Les mouvements du bras aussi doivent être maitrisés. La stabilisation apporte un certain confort pour photographier à main levée sur une barque et éviter le plus possible le flou de bougé (je rappelle qu'il n’y a pas d’appui sur une barque contrairement au 4x4 ).

Quant à la mise au point, j’ai une grande confiance dans l’autofocus du 5D Mark II pour assurer la netteté de mon sujet. 

Le malachite sur son piquet étant statique, je peux me contenter du mode One-Shot, mais comme la barque est en mouvement, j’utilise le mode autofocus continu (Ai Servo).

Dans ce mode, en appuyant à mi-course sur le déclencheur, l’appareil effectue en permanence la mise au point sur le sujet. On pourrait aussi utiliser le mode AI Focus. L’appareil est d’abord en One-shot, mais si le sujet bouge, il passe en AI Servo.

Sur mon 7D, j’ai programmé le levier de sélection de la zone AF afin qu’en mode On-shot, son action fasse basculer l’appareil en AI Servo. Très pratique, je commence à me familiariser avec cette fonction.

Comme la barque se déplace très lentement et ne revient pas au même endroit, il vaut mieux prendre plusieurs photos. Le mode rafale vous apporte cette sécurité. 

5.LA COMPOSITION PHOTOGRAPHIQUE

Depuis 7h du matin, nous étions, en billebaude avec une barque,  à la recherche des oiseaux riverains du lac Baringo.

martin malachite 2 Michel Lacroix
Le martin pêcheur Malachite photo n°2 - essai à f/10

Dès que nous avons aperçu ce martin, nous l’avons suivi. Je me suis dit qu’il y avait peut-être une photo intéressante à faire sur un perchoir. 

Le malachite a déjà été photographié en long et en large, mais  le photographier soi-même représente un bon exercice personnel. Le tenir dans son viseur procure des émotions agréables et très colorées. Sur un piquet, la pose était plutôt sympathique, et, qui peut savoir, il va peut-être pêcher ?

martin pecheur malachite Michel Lacroix
Le martin pêcheur Malachite photo n°3 - f/5,6

Quant au décalage des collimateurs, lorsque je suis sur le terrain, j’ai pris l’habitude de les décaler lorsque c’est nécessaire pour améliorer le cadrage, améliorer la composition, mais parfois je peux cadrer un peu plus large pour avoir une petite marge de sécurité par rapport au sujet.

En fait, dans ce cas de figure précis, la barque n’est pas forcément immobile, elle se déplace légèrement et il faut de temps à autre, décaler les collimateurs de droite à gauche et vice-versa en fonction de la position du sujet dans le viseur. Pas question de le faire en regardant le boitier, on perd du temps. Il faut les décaler en regardant dans le viseur et donc avoir l’habitude de poser instinctivement le pouce sur le Joy-stick. C’est une question d’habitude.

Sur la photo n°1,

Le martin est idéalement positionné au tiers gauche, ce qui laisse de l’espace dans la direction où il regarde (l’espace négatif). Le bec est incliné, il regarde la surface de l’eau et guette ses proies. Dans le cadre, la direction du bec est orientée vers l’angle doit du bas. L’arrière-plan constitué de roseaux est éloigné  du sujet, couplé à la valeur de l’ouverture choisie, on obtient ainsi un joli bokeh.

Sur le plan de l’esthétique, on pourrait effectivement dire que le perchoir est trop important par rapport au martin. Il le « mange » un peu, mais changer le perchoir demanderait du temps !

Sur la photo n°2, l'ouverture testée est f/10. On se rend bien compte que la qualité du bokeh n'est pas au rendez-vous.

Sur la photo n°3, le malachite est très bien éclairé. On voit que les couleurs sont plus vives au soleil que la première. De plus, l'arrière-plan tire un peu vers les marron ce qui renforce les couleurs du malachite. Sa queue est bien mise en valeur, visible et bien positionnée. Enfin, on peut observer le spot-light présent dans l'oeil qui donne plus de vie que sur la photo n°1. Bref, on voit bien que les résultats peuvent être très différents suivant l'éclairage, pourtant ces photos ont été prises le même jour.

Sur le plan de l’esthétique, on peut effectivement dire que le perchoir est trop important par rapport au martin. Il le « mange » un peu, mais changer le perchoir demanderait du temps !


6.LE POST-TRAITEMENT

Une fois rentré en France, je me suis attaqué au post-traitement des images. Pour commencer, il faut les copier sur un disque dur, les trier, puis les « dérawtiser » et finalement effectuer quelques retouches dans Lightroom (mon cas)

Comme j’avais décalé mes collimateurs à gauche à la prise de vue, j’ai déjà un bon cadrage de départ. J’ai donc re-appliqué un très léger recadrage de mon image.

J’ai ensuite appliqué quelques réglages généraux sur l’image. j’ai ajouté un peu de contraste et j’ai renforcé la netteté (voir les curseurs dans le panneau « réglages de base »).

J’ai ensuite un peu réchauffé les couleurs avec la balance des blancs et j’ai augmenté légèrement la saturation pour doper les couleurs bleu et rouge du malachite.

7.LA CONCLUSION

J’espère que mes explications vous ont apporté quelques éclaircissements sur le processus photographique d’élaboration d’une de mes photos. Ce processus permet à partir d’une photo « correcte » de l’optimiser afin de pouvoir la présenter soit en exposition, soit en album. Ce processus vous permet d'échapper au monde des photos « facebookées » d’un jour et trop vite oubliées.

 

 

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