“La mémoire ne garde pas des pellicules, elle garde des photos”. Milan Kundera

LA PHOTO EN BASSE LUMIERE



INTRODUCTION

public viA la Tranche-sur-Mer, la salle de spectacle située au Pôle culturel a été conçue à l’origine pour être une salle de spectacle et de concert, les éclairages permanents, verticaux, les "douches", ne sont pas encore optimisés pour les pièces de théâtre.

Les acteurs, lorsqu’il se déplacent sur le devant de la scène, ont le visage partiellement dans l’ombre. Outre les spots commandés depuis la régie, il manque des lumières sur l'avant-scène, dirigées de bas en haut, qui les éclaireraient en mettant mieux leurs expressions en valeur. C'est la "rampe" des théâtres classiques, ce qu'on nomme maintenant la "face". La lumière ambiante n’est donc pas très forte, raison de plus pour s’exercer à la photo en basse lumière.

Voici quelques conseils des photographes tranchais destinés à obtenir des photos correctes même en basse lumière.

Chris Esquerre dans son nouveau spectacle « Seul en scène »
Chris Esquerre dans son spectacle « Seul en scène »
Chris Esquerre en spectacle

LA STABILITE EST PRIMORDIALE

Le moindre mouvement peut introduire dans vos photos de spectacle un flou de bougé. Il ne sera perceptible qu’en visualisant à 100% les photos sur votre écran. Vous devez donc utiliser une vitesse la plus élevée possible.

Mais voilà, utiliser une vitesse d’exposition élevée, c’est difficile en basse lumière. Que faire ?

 •  Ayez une bonne prise en main de votre boîtier. Vous pouvez reposer vos coudes sur les deux bras du siège. Au moment du déclenchement, pressez doucement le déclencheur. Il faut être un peu souple !
•    Vous pouvez utiliser le monopode. Il y a bien un peu de place entre vous et le dossier de la rangée de devant. Vous pourrez alors vous autoriser une vitesse plus lente.
•    Enfin, si votre objectif est dit « stabilisé », et dans le cas d’un sujet immobile, vous pourrez aussi utiliser également une vitesse plus lente.

mission florimont
La troupe du Chabaret dans  "Mission Florimont"
mission florimont 2

UTILISEZ MIEUX LA LUMIERE

Les basses lumières veulent dire que l’éclairage est faible, mais pas inexistant. C’est le cas à la Tranche-sur-Mer..
Il est souhaitable d’intégrer au maximum les sources de lumière disponibles sur la scène (lampe, spot, lampadaire…). Grâce à une source lumineuse supplémentaire, j’ai pu utiliser une vitesse plus rapide. 


UTILISEZ LA FONCTION ISO AUTO

iso autoDans une salle de spectacle, la gestion, de la lumière devient une priorité. Pas question de flash (c’est interdit !), il faut donc faire au mieux et savoir utiliser quelques fonctions sophistiquées qui sont cachées au fond du troisième écran du sous-menu de votre appareil.

Pas question ici de programmer le boitier en "tout AUTO" (revoir « quels modes dois-je privilégier » ?) car l’appareil n’est pas encore intelligent. Il ne sait pas ce que vous souhaitez faire. Abandonnez définitivement ce mode" tout AUTO", piège pour la créativité, et pilotez votre appareil.

C’est vous qui décidez, bon sang !


vitesse manuelleDans cette configuration, vous pouvez utiliser le mode que vous voulez (Av, TV ou M), mais vous activerez obligatoirement la fonction ISO AUTO. Pour ma part, j’utilise très souvent le mode priorité à l’ouverture (Av) afin gérer la profondeur de champ (du moins c’est ma façon de travailler). En salle de spectacle, c’est ce mode que j’utilise.

Tous les boitiers des réflex et autres appareils un peu « experts » disposent de la fonction ISO AUTO. C’est le premier réglage à adopter en basse lumière.

Mais le panneau de commande (l’écran) vous donne d’autres possibilités qu’il convient également d’exploiter. Vous pouvez choisir une vitesse d’obturation minimale. C’est le deuxième réglage à adopter pour les basses lumières.

Dans ce type de prises de vues (spectacle, basse lumière, fête nocturne, scènes d'intérieur...), vous programmerez donc les 2 fonctions. Il ne vous reste qu’à choisir une valeur de diaphragme et le boitier va gérer  automatiquement les paramètres.


LA PROGRAMMATION

LA SENSIBILITE

Programmez une plage, un intervalle de valeurs de sensibilité acceptable pour les performances de votre boîtier (par exemple 100- 6400 ISO). Certains appareils ne proposent qu'une valeur maximale.

Dans cet état de programmation, c’est vous qui avez décidé de ces valeurs que le boitier va utiliser (vous déterminez les valeurs minimale et maximale). Le boitier va alors, au moment du déclenchement, faire varier la sensibilité en fonction de la quantité de lumière qu’il reçoit.

LA VITESSE D’OBTURATION

Dans la salle de spectacle, faite quelques essais et réglez la vitesse d’obturation minimale qui évitera les flous de bougé (1/125 par exemple pour une pièce de théâtre, 1/60 par exemple, si l’objectif est stabilisé - tout dépend aussi de la focale), à vous d’essayer et de toucher les limites de l'exercice

LE FONCTIONNEMENT

L'appareil doit être réglé en mode ISO AUTO (A pour Canon), sinon c'est toujours le mode normal, la sensibilité est fixe.

Dans une salle de spectacle, il se produit souvent des variations importantes de lumière (devant la scène, derrière, sur les côtés…). Les sujets sont parfois éclairés sur un fond sombre.

  • Il y a beaucoup de lumière : pour une même ouverture (notre exemple f/5,6), l’appareil va alors choisir une sensibilité ISO peu élevée. Si le boitier vient en butée sur la valeur programmée au départ, il réduira alors le temps de pose.
  • Il y a peu de lumière : pour une même ouverture, le temps de pose va augmenter jusqu’à la valeur limite choisie (1/2000, 1/1000.. vers 1/60). Si le boitier vient en butée sur cette valeur limite (notre exemple 1/60), il augmentera alors la sensibilité pour ajuster les deux autres paramètres de l’exposition (sensibilité, vitesse figée).

Lorsque l’on a compris le fonctionnement de la fonction ISO AUTO, cela devient est très confortable. Le boitier gère la plus basse valeur ISO possible en figeant la vitesse d’obturation sur le minimum programmé.

Faites le test : faites varier l’ouverture et voyez les variations des paramètres : la vitesse d’obturation vient d’abord en butée (1/60 pour l’exemple), puis la sensibilité augmente. Si la sensibilité vient en butée, le boitier le signale, il faut alors encore l'augmenter, mais évidemment le bruit sera au rendez-vous.

Voilà 2 fonctions qu’il faudra programmer lorsque vous photographierez des scènes en basses lumières. Adoptez les règles simples suivantes :

Choisir une ouverture suffisante pour que vos sujets soient nets (f/5,6 par exemple),

  • Les sujets sont statiques, adoptez un temps de pose plutôt long. L’appareil fera varier lentement la sensibilité,
  • Les sujets se déplacent, programmez un temps de pose minimum et suffisamment élevé pour éviter le flou (flous de bougé ou de mouvement). L’appareil fera varier rapidement la sensibilité.

A la fin du spectacle ou de la soirée, lorsque vous rangerez l’appareil, n'oubliez pas de remettre tous vos paramètres tels que vous les utilisez en temps normal, par exemple en extérieur (suivant les réglages standards d’un boitier).


LE POST-TRAITEMENT

post traitement : réduction du bruit avec DPPSi vous travaillez en RAW, vous pourrez « traiter » vos images après la prise de vue. Vous aurez accès à toutes les informations brutes issues du capteur.
Les logiciels de post-traitement permettent une réduction notable du bruit. Vous pourrez donc utiliser des sensibilités élevées avec votre appareil, le logiciel se chargera de le réduire dans la mesure de ses possibilités.

Sur l’écran de l’appareil photo, le bruit n’est pas visible. Mais si l’on regarde une photo à 100% sur un écran de PC, on peut voir l’efficacité progressive de la correction du logiciel.
Lorsque je photographie en basse lumière, je sous-expose souvent mes images pour obtenir une vitesse plus rapide et donc une meilleure netteté. Je corrigerai l’exposition lors du post-traitement. Mieux vaut une photo nette mais un peu sombre qui sera retouchée, qu’une photo parfaitement exposée où le mouvement est flou. Essayez et vous verrez !
Vous pouvez maintenant utiliser des sensibilités élevées au moment de la prise de vue et réaliser des photos de bonne qualité quand il y a peu de lumière.
Les boîtiers modernes restituent des images de très bonne qualité jusqu’à 3200 ISO et optimisable en post-traitement jusqu’à 12.800 ISO. N’hésitez plus, photographiez en basse lumière.


ERREURS A EVITER

[1] JE N'AI PAS PREPARE MA SORTIE

Je ne reviendrai pas sur la préparation d'une sortie photographique. J'ai rédigé un article sur la check-list à consulter avant la sortie. Les photographes tranchais rédigent, par ailleurs, une fiche de téléchargement.

Pour réussir, il va falloir préparer votre matériel (préréglages du boitier) et votre intervention (connaissance des lieux). Il ne s’agit pas de découvrir sur place de quoi il s’agit. Renseignez-vous auparavant :
•    De quelle pièce de théâtre s’agit-il ? est-ce une troupe ou un seul acteur ?
•    Comment se présente la salle de spectacle ?
•    Combien de temps dure la pièce ? combien d’actes ?
•    La lumière est-elle faible ou importante ?
•    Où allez-vous vous placer ?
•    Etc.


[2] LA BALANCE DES BLANCS EST INUTILE

Si vous travaillez en RAW, c’est vrai, la balance des blancs est inutile. Vous n’avez pas besoin de régler ce paramètre. Vous passez tout de suite à l’erreur suivante.

Tailler pour Dames   Tailler pour Dames 7000K vi   Tailler pour Dames 6000K vi   Tailler pour Dames 5200K vi   Tailler pour Dames 4000K vi   Tailler pour Dames 3200K vi
BdB auto   7000 K   6000 K   5200 K   4000 K   3200 K

Si vous travaillez en JPEG (vraiment !), vous pouvez régler la balance rapidement dans le menu de votre appareil.

Voyez ci-dessus quelques photos prises à des températures différentes (automatique, lumière du jour, ombragé, nuageux, tungstène et fluo blanche). Voyez les différences de teintes qui nécessiteraient des corrections en post-traitement. Pour éviter cela, il est judicieux de régler la balance des blancs ou surtout de travailler en RAW.

Cependant, si l’éclairagiste s’est fait plaisir avec des plusieurs lumières : rouges, bleus... repassez en RAW et retouchez à la maison.


[3] JE RESTE A 100 ISO, LA REFERENCE D'ETALONNAGE DU CAPTEUR

Tous les articles traitant de la photo conseillent de rester à 100 ISO ; la référence d’étalonnage du capteur pour ne pas obtenir du grain ? Mais pas en basse lumière !
Lorsque la sensibilité augmente, le grain (notez que l’on parle de bruit aujourd’hui) va apparaître sur l’image. Mais cela dépend surtout de votre appareil. Suivant le type de boitier, il apparait à partir de 1200 ISO. Mais d’autres boitiers gèrent remarquablement bien ce bruit. Il n’apparaît que tardivement, vers 6400 ISO voire plus. Il n’y a pas de règle absolue, à vous de tester votre appareil et de voir quel est votre bruit acceptable.


Annie André dans "la peau d'Elisa"
Annie André dans "la peau d'Elisa de Carole Frechette
Annie André dans "la peau d'Elisa"

[4] J’UTILISE LE FLASH

Rien n’est plus agaçant que d’être au spectacle, dans l’action et attentif, et d’être perturbé par des flashs. Il faut, de plus, respecter les artistes. Heureusement, Le flash est souvent interdit au théâtre (Et je ne parle pas des téléphones).


[5] JE ME PLACE AU FOND DE LA SALLE

musicien viEn vous plaçant au fond de la salle, en haut de la salle, vous n'êtes pas gêné par tous les spectateurs placés devant vous. Pour cadrer correctement, vous avez besoin d’un champ libre, ce sera le cas, mais vous aurez besoin d'un téléobjectif.

Voyez l'exemple des musiciens que j'ai pris au deuxième rang. La tête d'un spectateur apparaît sur la photo. C'est gênant ! Cependant, placé au troisième rang, on est légèrement au dessus de la scène et les prises de vues sont mieux dégagées.
De plus, il faudra vous placer au milieu du rang pour mieux cadrer la scène. Votre téléobjectif ne vous aidera pas trop, car si le cadrage est bon, la vitesse d’exposition devra être en revanche élevée ce qui induira du bruit.
Alors, la solution semble apparaitre naturellement : Il vaut mieux se placer clairement au plus près de la scène et adopter des objectifs adéquats. Un trans-standard 17-55 mm par exemple. Reste que vous photographierez en contre-plongée. Nobody's perfect !


mission florimont 3   mission florimont 4
La troupe du Chabaret dans sa représentation "Mission Florimont"

[6] JE NE PRENDS QU'UNE PHOTO

Nous sommes à l’heure de la photographie numérique. Les appareils sont maintenant de plus en plus sophistiqués. Rien ne vous empêche d’utiliser le mode rafale pour ne garder que quelques dizaines de photos en bout de ligne.

En mode rafale, vous avez plus de chance d’obtenir le bon geste, la bonne attitude et le bon regard. Mettez toutes les chances de votre côté, enclenchez ce mode !
Il m’arrive de prendre 20 photos pour n’en garder que 4. Et combien de clichés sont pris lors des séances de pose pour les revues ou magazines ? des centaines...


CONCLUSIONS

Avec un peu d'entrainement et les précautions indiquées, il est tout à fait possible de réaliser de photos correctes en basse lumière, à vous de jouer !

Voci une autre série de photos réalisées par Max BEAUJOIN des photographes tranchais. La qualité est au rendez-vous !

theatre coquin   theatre coquin 3

 

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