L'œil humain perçoit les couleurs suivant un spectre bien défini. En revanche, percevoir et donc photographier en noir et blanc n’est  ni naturel, ni simple. C’est tout un apprentissage.

En 1826, L’inventeur Joseph Nicéphore NIEPCE réalisa la plus ancienne photographie (Point de vue au Gras) en noir et blanc. Les pionniers de l’époque (William Henry Fox Talbot, Louis Jacques Mandé Daguerre, Sir John Herschel…) ont commencé à photographier en monochrome, ils n’avaient pas le choix : la couleur n’existait pas.

Bien plus tard, en 1869, Charles Cros et Louis Ducos du Hauron ont présenté à l'Académie des sciences le principe de la photographie couleur en trichromie soustractive. La photographie en couleur s’est ensuite démocratisée, bien que le noir et blanc soit resté toujours à la mode, ne serait-ce que pour ses qualités esthétiques.

COMMENT PHOTOGRAPHIER EN N&B ?

Beaucoup de photographes pensent que photographier en noir et blanc est une manière de s’exprimer. C'est incontestable !

Du coup, la photo en noir et blanc fait un retour en force : expositions, concours, publicités, revues… On la croyait passée de mode, or on la voit maintenant partout.

La vie, le monde sont en couleur, le noir et blanc n’est donc pas, a priori, naturel, c’est une interprétation de la réalité.

C’est une technique différente de celle de la couleur, qui se réalise plutôt directement depuis la prise de vue même si, ensuite, on peut y repasser en post-production.

Si elle revient sur le devant de la scène, c’est qu’elle permet d’exprimer d’autres points de vue, des émotions particulières.


Voyez la puissance du noir et blanc dans cette photo de notre ami Daniel LAMOUREUX (photographes tranchais). Le noir et blanc dynamise sa photo et accentue les relations difficiles et douloureuses des lions lors de leur accouplement (ici un accouplement photographié à Masaï Mara).

Accouplement de lions par Daniel LamoureuxDaniel (photographes tranchais) nous commente son image.

"Je sais par expérience, j'ai pas loin d'un demi siècle de photo derrière moi, que le noir et blanc dramatise certaines images ! C'est donc en post-traitement que j'ai transformé cette image à l'origine en couleur. La violence du comportement de Scarface, c'est son nom à cause d'une vilaine cicatrice à l'œil droit, est un souvenir de ses combats avec d'autres grands mâles. Cette violence est tout à fait relative, c'est plus un mouvement de protection contre les griffes de la belle. Il en est quasiment ainsi à la fin de chaque accouplement qui se répète 3 à 4 fois par heure. Cette scène se prêtait bien à une transformation en noir et blanc."

Daniel a rencontré un vrai succès lors de notre exposition "Plumes et poils d'Afrique" qui s'est tenue à La Tranche du 16 au 22 Juillet 2018.


D’AUTRES POINTS DE VUE

Lorsque le filtre de la couleur a disparu, ce sont les formes géométriques, les lignes de fuite, les lumières, les contrastes, les perspectives, les textures, qui deviennent directement perceptibles.

Le noir et blanc met en valeur ses sujets en soulignant les contrastes : il précise les lignes et les expressions d’un visage, l’éclat des yeux, l’ovale d’un visage ou la densité des rides…

Il donne de l’importance aux ombres, valorise un paysage et ses détails : Le tronc d’un arbre, la structure d’une feuille, l’écume d’une vague dans la tempête.

En architecture, les formes, les éléments, les textures, les motifs se voient mieux. La pierre, le bois, les reliefs ressortent, les lignes et les formes deviennent plus visibles. Symétries, volutes, spirales…

Photo de mon ciel du Masaï Mara en janvier 2016 © Michel Lacroix   Photo d'un coucher de soleil sur la plage de La Terrière à La Tranche-sur-Mer en Juillet 2018 © Michel Lacroix
Ciel d'orage dans la réserve de Masaï Mara
  Coucher de soleil à La Tranche-sur-Mer

Par temps gris, on pourrait penser qu’il n’y a plus de contrastes, puisqu’il y a moins de lumière, mais c’est le contraire : ce sont les couleurs qui se sont estompées, pas les contrastes, on est déjà presque en noir et blanc naturellement, tout semble plus intense, plus dramatique. La pluie fait briller les paysages, crée des reflets sur les vitres ou dans les flaques d’eau.


LA TECHNIQUE

UN PEU D'EXERCICES AU PREALABLE

abstractionMarie-Ange PERNEY PORTAL propose une démarche qui me semble intéressante pour débuter. Je vous invite à la mettre en pratique :

« Vous avez forcément une photothèque avec des centaines, des milliers, voire des centaines de milliers d’images » Marie-Ange propose de partir à la recherche d’images que l’on pourrait convertir en noir et blanc, (que l’on souhaiterait), puis de repérer les 4 caractéristiques favorables au noir et blanc (la composition de l’image, le cadrage, l’analyse de la lumière et la densité des contrastes), puis de  basculer en mode noir et blanc sur notre logiciel pour analyser les jeux de lignes, de formes ou de motifs. 

Elle propose toujours de « partir à la chasse des contrastes forts et d’entrer dans les détails de nos images ».  Elle précise que « Si vous vous êtes appliqués lors de votre prise de vue et de la mise au point, vous pourrez peut-être isoler une partie de l’image qui mérite un développement noir et blanc».

Cette méthode proposée par Marie-Ange, à mettre en oeuvre, (je le redis, que je trouve intéressante et pédagogique) ne vous dispensera pas de pratiquer sur le terrain, mais elle aiguisera votre regard et votre capacité à apprendre à voir en Noir et blanc (ce qui n’est pas naturel). Elle vous permettra de repérer ces caractéristiques qui peuvent faire une bonne photo noir et blanc.

Pour Anne-Laure JACQUART, dans son livre 52 défis créatifs (présenté dans notre section  Librairie/technique) « chercher le contraste au déclenchement consiste à faire se détacher des éléments clairs sur des éléments sombres, et vice-versa -défi n°16 #CRD141». Elle présente le contraste « de nuance » (caractère clair ou sombre d’un sujet si l’éclairage n’est pas contrasté) et le contraste gigogne (le principe des sujets qui contraste ensemble à plusieurs niveaux dans l’image).

Au final, la technique n’est pas simple, parce qu’elle oblige à choisir ses centres d’intérêt et ses lumières avec une grande précision. Les couleurs, dans un paysage ou une scène, peuvent nous fasciner, mais elles peuvent aussi distraire du message qu’on veut transmettre.

PLUS GENERALEMENT

Thomas HAMMOUDI, sur son Blog, définit bien le processus : "... les images se composent de deux éléments : leur forme (tous les aspects visibles), et leur contenu (le sens, l’histoire de l’image). C’est cette première catégorie qui est amenée à changer lors du passage en noir et blanc, et qu’il faut apprendre à manier. Elle se compose des éléments suivants : Formes-Lignes-Textures–Couleurs"...


L’ESTHETIQUE ET LA POESIE

Une photo en noir et blanc peut être d’une grande poésie, créer de la nostalgie, ou accentuer au contraire un côté amusant voire burlesque.

De nombreux photographes pensent qu’ils ajoutent de l’esthétique et un côté intemporel, voire sophistiqué, à ce qui est représenté. Pourquoi ne pas essayer ?


Photo de mon zèbre du Masaï Mara en janvier 2018 © Michel LacroixMichel LACROIX (photographes tranchais) nous commente sa photo du zèbre.

Dans l'avion en direction de NAIROBI, je rêvassais devant un magazine. Soudain, en feuilletant les pages, je suis tombé sur un dos de zèbre en noir et blanc présenté en pleine page et je me suis dit "tiens, si j'essayais un portrait de zèbre". Et du coup, j'avais LA photo en tête (l'intention)...

Sur le terrain, à Masaï Mara, durant une matinée, nous avons guetté et suivi des zèbres qui broutaient. De côté, de dos, la tête en bas, rien ne se présentait pour un portrait.

Dans mon viseur, tous les paramètres "au vert" (AI Servo, rafale, ouverture, vitesse, collimateurs décentrés, ISO..), j'en surveillais un qui était isolé (arrière-plan dégagé). Il allait passer devant un fond sombre de végétation. Je le suivais, il relevait la tête de temps en temps pour écouter, attentif aux environs. Ni une, ni deux, la fois suivante, je claquai discrètement la langue et du coup, ses oreilles se sont redressées. CLIC-CLAC, c'était dans la boite. Cela valait la peine de chercher durant 2 bonnes heures... Et ce petit bout d'herbe qu'il mâchouille... Quelle satisfaction ! 

Le travail en post-traitement restera à faire en rentrant. Peut-être faudrait-il laisser respirer la photo en haut, mais on rentre ici dans le monde de la retouche.

Cette photo, comme celle de mon ami Daniel LAMOUREUX (voir plus haut) a eu un franc succès lors de notre exposition "Plumes et poils d'Afrique" qui s'est tenue à La Tranche du 16 au 22 Juillet 2018. Beaucoup de visiteurs m'ont demandé si ce n'était pas une peinture.


QUELQUES PISTES

Voici quelques pistes de composition photographique données par Thomas Hammoudi  : ..."Utiliser les espaces négatifs (Laisser de l’espace c’est aussi laisser respirer son image.

Cette dualité espace vide / espace plein marche d’autant mieux quand les contrastes sont prononcés), Aller vers l’abstrait (le noir et blanc éloigne du réel.), Diriger le spectateur (..c’est votre devoir de dire au lecteur où regarder.), l’inattendu en noir (une façon de retravailler différemment des objets vus et revus) et travailler sa lumière (En noir et blanc, la température de la lumière ne compte plus, seule sa direction, sa qualité, et sa douceur vont avoir un impact sur le résultat)...


Participez donc à notre concours Noir et blanc ouvert jusque fin Octobre 2018 !

 

 

 

 

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