Le pavillon de l'Aunis

La photo aérienne

En avion, en hydravion, en ULM, en hélicoptère ou en montgolfière, sauf à être le pilote de l’appareil, l'environnement n’est pas habituel. La vision 3D est instantanée, mais vibrations, mouvements, bruit, envie de profiter du paysage et des sensations, exaltation et excitation, tout est là pour détourner notre attention de la prise de vue, sujet principal de notre passion.

Il nous faudra avoir un peu plus de volonté et de vigilance qu'à l'ordinaire pour ne pas être déçu lors du retour sur le "plancher des vaches".

Passons ensemble en revue quelques paramètres qu’il conviendra de bien respecter.

1.La vitesse de l’appareil

Le premier paramètre à apprécier est la vitesse de l’appareil. L'avion ou l'hydravion volent souvent plus vite que l'hélicoptère qui vole plus vite que l'ULM qui vole plus vite que la montgolfière.

La vitesse est loin d’être un paramètre négligeable. Si vous avez un reflex, vous pouvez utiliser une sensibilité plus élevée pour avoir de la marge (400 ISO voire plus), mais il faut toujours avoir à l’esprit que la vitesse d'obturation ne devra pas être inférieure au 1/250 s, sinon vous aurez des risques de « bougés », de "flous".

Si vous le pouvez, optez pour le mode "priorité vitesse" (Tv sur Canon) en imposant à l'appareil une vitesse d'au moins 1/400s.

Imposez aussi dans ce cas à votre appareil l‘utilisation du télémètre central (on dit maintenant collimateur ; c’est plus technique et très tendance !). Sur les reflex, le viseur comprend le plus souvent plusieurs collimateurs dont un est important : le central. Sur le Canon ES 350D ou le 40D, 7 collimateurs sont à votre disposition, ils peuvent être programmés par l'intermédiaire d'une fonction dédiée.

 
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Survol en hélicoptère des plages de Rio de Janeiro, Copacabana, Itaparica...Cliquez sur les images SVP.
 

En ULM, vous aurez moins de souci. Sauf pour ce qui concerne le roulage sur la piste où vous aurez quelques vibrations, la vitesse de l'appareil est bien moins élevée qu'en avion, hydravion ou hélicoptère. En l'air, il y a peu de vibrations malgré le moteur de "tronçonneuse", peu de secousses, la vitesse d’obturation peut être plus lente. Le pilote d'ULM m'a parlé d'une vitesse de croisière de 80 km/h.

Vous disposerez aussi d'une marge plus grande pour les valeurs de diaphragme. Optez pour les valeurs les plus petites (chiffres les plus grands) afin d'augmenter notablement la profondeur de champ.

En montgolfière, toutes les options vous sont ouvertes. La vitesse du ballon est faible et fonction du vent. Mais comme on ne vole pas par grand vent, vous avez toute latitude. Et je ne parle pas des vibrations, puisqu'elles sont nulles.

2.L’aile de l’appareil

Le deuxième paramètre qui intervient est l'aile de l'avion qui limite notre champ de visée sur un appareil à aile basse. Ce problème peut se régler avec le pilote, qui peut ouvrir le champ visuel en inclinant l’aile de l’engin par un coup d’ailerons donné à droite ou à gauche.

Je me souviens du pilote de l’Antonov II à Cuba, qui pour 5 dollars nous a exécuté deux passages « en radada » et à 45 ° au dessus de notre hôtel à Varadéro. Que de souvenirs, mais quel plaisir de photographier dans ces conditions. Personnes sensibles, abstenez-vous ou prenez de la nautamine ! Aucun besoin de calage dans le siège, vous serez collé au hublot par la pesanteur.

Le cas de l'appareil biplan est particulier, rare ou "folklorique" comme sur l’Antonov II. Vous ne pourrez éviter les raidisseurs, alors autant essayer de les transformer en éléments de décoration photographique, ce qui n'est pas une mince affaire.

 
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Survol de la baie des cochons en Antonov II.. Cliquez sur l'image centrale SVP.
 

Je ne parlerai pas pour l'instant de l'hélicoptère ni de celui de la montgolfière qui n'appellent pas de commentaires pour en venir à celui de l'ULM.

En ce qui concerne l'aile, tout ira bien. L'aile est souvent du type "pendulaire" ou droite supérieure pour une meilleure stabilité en vol. Les photos que nous avons réalisées et que nous vous présentons au paragraphe 6, l'ont été avec un ULM de ce type. (XIAiR).

L'aile ne gêne pas, elle est au-dessus et en arrière du cockpit. Les raidisseurs sont, à cause de l'aile, placés en arrière. De ce fait, les photos peuvent être prises très facilement. L'ULM vous permettra de plus en tournant dans un "mouchoir de poche" et en s'inclinant fortement de réaliser des photos presque à la verticale ; c'est un avantage sérieux sur l'avion et sur l'hélicoptère.

3.Le cas de la verrière

Les reflets gênent énormément et sont parfois amplifiés par l’altuglass de la verrière. Quant aux défauts, on ne peut parfois y échapper. Voyez la rayure dans l'altuglass qui apparaît sur l'une des photos du Grand Canyon (léger flou vertical situé au tiers gauche la sur la première photo)

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Le grand Canyon vu de Yavapai. Cliquez sur la vue de droite SVP
 Il faut donc tenir l’appareil le plus près possible de la surface transparente, c'est la même technique utilisée lorsque l’on photographie à travers un carreau de fenêtre : Il faut rester le plus perpendiculaire possible à la vitre et le plus proche possible, voire tout contre la vitre. Ainsi la "perte de piqué" reste assez faible (dans la mesure où la vitre est propre) et il suffit de de faire varier le gamma dans le logiciel de retouche pour récupérer un peu le contraste et améliorer légèrement le rendu.

En hélicoptère, il est très difficile de « shooter » en avant ou en arrière de l’appareil. Souvent vous ne disposez que d’une petite fenêtre au centre de la verrière ou d'une petite verrière sur le flanc. Vous ne pouvez photographier qu’en biais, en laissant passer l’appareil voire l’objectif par ce passage étroit. Il est intéressant, dans ce cas, de disposer d’un écran de contrôle pivotant.

 
vol au dessus de la Mauricie Les chutes du Niagara côté canadien Les chutes du Niagara côté américain
Photos des chutes du Niagara.Cliquez sur les images SVP.
 Par ailleurs, vous n’êtes pas maître du circuit. Il est d'abord fonction du plan de vol, imposé par les conditions atmosphériques et donc variable, cela nous est arrivé plusieurs fois. Dans le cas de boucle autour d'un site, il se peut que vous ayez le soleil contre vous. Si vous conjuguez le soleil et la brume, il ne vous restera que votre logiciel favori pour effectuer les retouches nécessaires, et encore...

Parfois il est aussi difficile d’utiliser l’écran numérique : on ne dispose pas assez de temps ou il y a trop de lumière ou les deux. Mieux vaut alors privilégier le viseur optique.

Enfin, que ce soit en avion ou en hélicoptère, il s’agit évidemment de prises de vues à faible altitude car plus la couche d'air est importante, plus le rendu des photos est affecté par la brume et les éléments en suspension. Sur les avions de ligne, il y a deux carreaux entre l’appareil et l’extérieur. Les photographies réalisées à haute altitude sont donc peu contrastées et brumeuses, assez décevantes dans l'ensemble.

Le cas de l'ULM est assez simple. Il y a une verrière et l'espace est ouvert des deux côtés pour permettre au pilote et au passager de s’installer dans la cabine. Pas question de faire des photos vers l'avant, de tout façon, il y a l'hélice, vous avez donc toute latitude sur le côté. C'est un autre avantage de l'ULM.

Le cas de l'hydravion est particulier. Si vous montez à bord d'un beaver (castor), la capacité varie entre 4 et 7 personnes suivant la taille. Il faudra donc être vigilant et s'attribuer soit la place à côté du pilote, soit celui d'un passager à côté d'une fenêtre si vous êtes 3 à l'arrière. Voyez les conseils donnés au paragraphe 6.

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Photographies aériennes réalisées en hydravion au dessus de la Mauricie

 De plus, sur le beaver, l'aile peut être pendulaire, mais souvent elle est placée un peu basse pour laisser la maximum de place sous l'appareil. Vous risquez de voir le bout de l'aile.

La montgolfière est intéressante pour beaucoup de raisons : il n'y a pas de vitesse, elle vole dans le sens du vent, à la vitesse du vent. Bien qu’elle dispose de petites “trappes” latérales et d’une soupape au sommet, on peut la faire tourner, mais pas la diriger comme un avion.

Autres avantages, il n'y a pas de vibrations, pas d'aile ni de verrière. Les photos ont été prises avec un Lumix FZ18 et un canon 40D équipé d'un 100-400mm.

 
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Photographier Hatchepsout et le Ramesseum en montgolfière Cliquez sur les deux vues de droite SVP
 

4.Shootez et re-shootez

Depuis que nous sommes passés à la photographie numérique, nous avons sciemment basculé dans le monde de la « consommation photographique ». Il n’est besoin ni de calculer ni d’attendre pour déclencher. En avion, en hélicoptère ou en ULM vous disposez de peu de temps.

Usez donc et consommez, « shootez et re-shootez », il en restera toujours quelque chose. Vu d'en haut, tout est plus beau, plus graphique, plus esthétique ! En revanche, ne sous-estimez pas les cadrages en pensant que le logiciel de retouche fera le reste.

En ULM, malgré le fait que l'on "va où l'on veut", pour trouver la maison cachée dans la pinède, il faut être un fin limier. Il est donc utile d'accrocher le regard à des points bien connus (supermarché, parking, phare, plage...).

L'UML de La Tranche-sur-Mer ulm 2 ulm 3
   Photographier en ULM est confortable

 Vous ne serez pas trop de deux (avec le pilote) pour trouver l'endroit à photographier, d'autant que vous êtes en contact radio avec lui. Malgré cela, lorsque vous la repérez, vous la perdez assez rapidement, plusieurs tours sont nécessaires pour remplir le panier d'une moisson de photos, mais quel régal...

Le mode "rafale" est assez pratique, mais pour ma part je préfère contrôler mes prises de vues plutôt que de "mitrailler" un peu à l'aveuglette. A chacun de trouver son style, mais il faut y penser avant de décoller. Vous avez le choix entre l'automatisme total type "mode paysages" et le mode "priorité vitesse" (voir mes remarques plus haut quant à la vitesse d'obturation).

5.Compact ou reflex ?

D’une manière générale, je pense que l’on peut réussir de belles photos aériennes avec un compact numérique. Pour ma part, et à l'époque, j’ai souvent utilisé mon petit Minolta Dimage à 3 millions de pixels qui me restituait correctement les sujets au sol. Ce modèle possède un zoom x3 qui permet de changer de focale lorsque l'aile de l'avion apparaît dans un coin du champ optique.

Mais dans ce type de photographies, le reflex argentique ou numérique offre, quand même, une plus grande souplesse d’utilisation que le compact. J'ai bien connu le 24*36 argentique, mais notre Canon EOS 40D qui remplace le 350D vient d'être remplacé par le 7D Mark II. Il me semble que son capteur assez large est bien adapté à la photographie aérienne. De plus, on peut choisir une sensibilité plus grande qu'à l'ordinaire (200 à 16000 ISO), afin de bénéficier de vitesses d'obturation plus élevées.

Pour les optiques, si je fais le parallèle avec le 24*36 et compte-tenu de la place disponible dans l’habitacle, il est souhaitable de se limiter à un seul zoom. Les téléobjectifs sont assez difficiles à manier compte tenu des vibrations générées par l’avion, mais surtout par l’hélicoptère. Les photos que vous prendrez seront pratiquement des paysages et donc un zoom allant jusqu'à 200 mm sera le bienvenu, au-delà ce sera superflu, sauf à voler au dessus des steppes ou de la savane la recherche des animaux ou d'essayer de photographier sa maison cachée dans la forêt.

6.En vacances :

En vacances, dans un circuit organisé, vous n’aurez probablement pas le choix du prestataire. Vous ne disposerez que de peu de temps, aussi vous accepterez le prestataire généralement choisi ou proposé par le tour-opérateur.

 
La pointe du Chiquet à la tranche-sur-Mer La pisicne  à la tranche-sur-Mer L'estacade de la tranche-sur-Mer
Photographier La Tranche-sur-Mer, la pointe du Chiquet, l'estacade...

 Sauf à disposer d’un budget important, vous partagerez l'habitacle avec d’autres personnes et, en hélicoptère en hydravion, certains modèles disposent de trois ou de cinq places à l’arrière. Dans ce cas pour la personne qui est au milieu, l’affaire n’est pas simple voire impossible. Le mieux est de poser quelques questions avant l’envol et de négocier la place (à côté du pilote), d’autant qu’en hélicoptère, le vol ne dure qu'une dizaine ou vingtaine de minutes.

En avion, vous aurez un peu plus de choix. En revanche, à l'aéroclub, pas de souci, vous opterez pour la meilleure place : celle qui se trouve à côté du pilote. Il est plutôt sympathique de discuter avant le vol de ce que vous verrez et de choisir avec lui son itinéraire. Quant à la montgolfière, vous aurez de la place et le nez face au vent.

Enfin, pour trouver un aéroclub à proximité de chez vous, je vous signale que la requête « liste aéroclubs » effectuée sur Google donnait, en 2010 61 500 et 159 000 en 2015. Il est donc facile de trouver un aéroclub de proximité. Reste la question du budget.

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  • Site mis à jour le lundi 22 mai 2017.
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